Samedi 24 mars 2007

La première question qui vient à mes interlocuteurs est pourquoi s’engager en politique quand on a mis quinze ans pour réussir professionnellement ? Pourquoi mettre en péril ce que beaucoup voudraient avoir pour se lancer dans ce qui semble bien hasardeux ?

Les raisons de mon intérêt pour la politique sont certainement à chercher dans la culture de ma famille. Mon père, élu local, m’a montré l’exemple d’une politique à taille humaine. Maire d’une commune de la périphérie de La Rochelle depuis de nombreuses années, il n’a jamais perdu son indépendance et a toujours refusé ce que l’adhésion à un parti comporte de compromission. A la maison chaque élection était le prétexte à une réunion de quelques amis au cours d’une « soirée électorale » pour commenter les résultats. Enfant, j’ai vécu la victoire de François Mitterrand en direct puis celle de 1988 à laquelle je n’ai pas pu m’opposer par les urnes (il s’en est fallu de quelques mois). Au lycée, les grèves contre la loi Devaquet furent mes premiers combats. Non-gréviste militant, je pensais que la «sélection», tant décriée, était (et reste) la seule issue vers un enseignement supérieur plus efficace et de meilleure qualité. Ma préparation au concours de l’internat a été marquée par la campagne du référendum sur le traité de Maastricht. Interne, j’ai très vite adhéré au syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIHP). J’en ai démissionné au moment des grèves contre le plan Juppé. Cette réforme aurait probablement évité le dérapage des dépenses de santé qui n’est toujours pas contrôlé, pourtant la mobilisation de mes collègues a fait avorter le projet. Plus tard, en 2000 à la toute fin de mon internat, j’ai soutenu activement le mouvement pour la reconnaissance du repos de sécurité des internes. Cette mesure me semblait alors indispensable pour améliorer la qualité d’exercice des internes dont les conditions de travail restaient inchangées depuis des décennies.

Ces engagements étaient sincères mais individuels; je n’imaginais pas à l’époque solliciter un mandat; la chirurgie et la carrière universitaire, à Paris, me semblaient des objectifs merveilleux, hors d’atteinte et le travail nécessaire était immense, au-delà du raisonnable, au-delà de l’imaginable même. La passion est restée et ma nomination comme Maître de Conférence atteste de ma volonté continue de réussir dans ces deux métiers d’enseignant et de praticien.

Pourtant, avec les années, j’ai ouvert les yeux sur le monde et c’est pour cela qu’aujourd’hui je m’engage.

par Richard Douard publié dans : Motivation politique
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