Mardi 27 mars 2007

 Qu’ai-je donc vu en ouvrant les yeux ?

Sur le plan National, les années Mitterrand puis les années Chirac ont précipité le déclin de la France; quelques signes m’ont alerté : la France perdait peu à peu des places dans le concert des nations. Au tournant du siècle, le Royaume-Uni l’a dépassé en PIB ; passé inaperçu, ce chiffre m’a beaucoup choqué parce que Renaud berçait ma jeunesse en se moquant de Madame Thatcher. La première guerre du golfe puis la deuxième ont montré le discrédit de notre défense, faisant se demander à Nicolas Baverez « Que vaut la volonté de paix d’un pays qui ne peut plus se battre ? ». Le déclin intérieur du pouvoir d’achat, le chômage endémique ont miné ma confiance dans notre pays. Enfin, les grèves auxquelles j’ai participé m’ont montré la fragilité d’une démocratie si vulnérable aux mouvements de rue, si inconséquente avec l’intérêt général alors que la constitution de la cinquième république donne tant de leviers à l’exécutif.

 

Sur le plan professionnel, depuis 2000 j’exerce en tant que chirurgien et enseignant. J’ai eu le loisir de constater la crise majeure que traversent nos administrations. Hypertrophiées, sclérosées, la haute qualité des personnels contraste avec leur démotivation et la sous-productivité structurelle qui en découle. J’en ai conclu que les plus pessimistes des déclinologues étaient, peut-être, parfois en dessous de la vérité. L’arrivée des 35 heures dans un milieu où le temps devrait être d’abord donné aux malades avant de l’être à l’Etat a achevé de forger ma décision : il fallait réagir.

Privilégié de par mon statut de fonctionnaire, protégé contre les risques de la vie, parmi les niveaux de rémunération les plus élevés dans la fonction publique, devrais-je jouir égoïstement de ces avantages alors que tout s’effondre dans une indifférence quasi-générale ?

S’engager à Paris aurait été le plus simple. Universitaire, dans la première ville universitaire de France, les occasions de débuter une carrière politique n’auraient pas manquées. Je n’y ai pourtant jamais pensé. Rochelais de souche, j’ai toujours été à cheval sur les deux villes, j’ai toujours voté ici et à la vie politique parisienne je ne me suis jamais intéressé.

C’est la situation locale qui m’a décidé au moment où ma prise de conscience du déclin national atteignait son paroxysme en 2002. A l’hôpital, le choc du 21 avril se préparait et j’assistais en direct, jour après jour, à la défaite de Lionel Jospin et à la montée de Jean-Marie Le Pen. A Paris, la ville a basculé à gauche mais je n’ai rien ressenti. Je ne doutais pas que la politique de Bertrand Delanoe allait être calamiteuse et je ne fus pas déçu mais ce n’était pas mon problème, je restais un citoyen de l’agglomération rochelaise. A La Rochelle, la situation se dégradait encore aux municipales avec l’écrasement de l’opposition dont les conséquences sont encore visibles à la veille de cette campagne législative Aucun leadership fort n’était à attendre de ces résultats et la suite m’a conforté dans cette opinion.

Pensant que nous avions touché le fond, j’ai pensé qu’il fallait participer à l’effort de redressement de cette opposition fragmentée. De ville modérée, nous étions devenus une ville socialiste dont la majorité était esclave de ses extrêmes vertes et rouges comme c’est toujours le cas en cas d’alliance avec l’intolérance. Ville du congrès du PS, championne de l’écologie expérimentale, de l’antilibéralisme, du clientélisme social, je n’ai rien de commun avec ceux qui dirigent cette ville.

Mon action s’est naturellement inscrite dans l’opposition et à la suite de cet engagement, j’ai décidé de me présenter aux suffrages des électeurs dans la première circonscription.

Ce n’est donc pas par hasard, ni sans motivation que l’on se détourne d’un métier prenant et difficile pour se battre pour des idées. C’est à mon sens un signe de gravité de la situation politique. Devant la faillite des professionnels de la politique, chaque citoyen doit réagir et s’engager.

Je ne sais pas si les choses peuvent encore changer mais je préfère être de ceux qui auront tentés de faire quelque chose.

 

 

 

par Richard Douard publié dans : Motivation politique
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