Blog de Richard Douard
L’enjeu des présidentielles est particulièrement important; il est lié à l’histoire récente. Notre pays est confronté depuis le milieu des années 70 à une crise structurelle qu’elle n’a pas su gérer comme la plupart des crises du vingtième siècle. Le monde change et le dirigisme économique en vigueur depuis la deuxième guerre mondiale n’est plus adapté à notre époque. La France est (à part l’Italie) le dernier grand pays à ne pas s’être réformé. Le Royaume-Uni de Madame Thatcher, dont la France prospère des années 70 se moquait, a fait sa révolution et les petits français sont maintenant très heureux de trouver un emploi à Londres. Il y a quinze ans, notre PIB était supérieur de 20% à celui de la Grande-Bretagne; il est maintenant inférieur de 15%, ce qui ne devait pas se produire en l’absence de fautes de gestion. A la lumière de ces quatre années de réflexion, de débat, il semble que la France ait détruit peu à peu tout ce qui fait le développement d’un pays: sa capacité de travail (retraite à 60 ans, 35 heures, sous-emploi des plus de 55 ans), la formation de ses élites intellectuelles et sa capacité d’innovation (éducation, recherche…). Parallèlement la qualité de ses services publics et de son système social se sont dégradés avec une augmentation perpétuelle des coûts pour des prestations en décroissance constante. Afin de financer ces déficits sociaux, le coût du travail a augmenté plus vite que celui de nos concurrents atteignant un niveau délirant, sans rapport avec le niveau de qualification plutôt modeste de notre main d’œuvre. La sanction d’un monde toujours plus ouvert et brutal est sans appel, la France décline inexorablement, plus vite, en tout cas que ses partenaires européens occidentaux.
Les deux causes principales sont la culture française de l’Etat et l’incapacité des élites politiques du passé. La culture de l’Etat, c’est la tradition jacobine qui fait du raisonnement politique français, un raisonnement théorique plus attaché à l’égalité qu’à la liberté, faisant une place excessive aux lois, ignorant le plus souvent le marché et méprisant l’argent, arme pourtant essentielle pour améliorer la condition humaine.
Nous avons laissé se scléroser notre système: charges salariales immenses pour des prestations toujours plus nombreuses et complexes qui découragent le travail et affaiblissent l’entreprise. Comme l’a bien analysé Jacques Marseille, la France est partagée en deux, d’un côté un secteur public hypertrophié et sous-productif, de l’autre un secteur privé rentable car fait de grandes entreprises qui ont depuis longtemps recouru aux délocalisations pour éviter les coûts de production excessifs en France.
Les élites françaises ont été incapables de proposer les réformes nécessaires par ignorance et par lâcheté, les deux étant impardonnables. Ignorance des mécanismes économiques en raison de leur formation intellectuelle dans les écoles de l’Etat (ENA…) lâcheté politique comme l’ont montré nos deux derniers présidents de la République qui avaient le choix entre réformer le pays au risque de déplaire ou continuer à flatter l’immobilisme, majoritaire dans le pays. Deux exemples de renoncements : la politique du ni-ni de François Mitterrand (Ni privatisation, ni nationalisation) et la garantie de ne pas toucher aux avantages acquis de Jacques Chirac.
La présidentielle a donc pour enjeu principal de rompre avec ce cercle vicieux et passera forcément par la réduction et la réorganisation du secteur public ; la simplification des institutions notamment par la réduction du nombre de niveaux d’administration, le développement du secteur privé, la réduction des redistributions au profit d’un système social qui pénalise moins l’entreprise et donc l’emploi; l’encouragement à travailler plus pour gagner plus
Pour cela, il faudra libéraliser le marché du travail, remettre les français au travail et les désintoxiquer de l’argent public, des prestations sociales et des interventions excessives d’un état impuissant à force de trop intervenir. Pour sauver un niveau suffisant de protection sociale il faudra renoncer à ses excès et y réinsuffler une dose de libéralisme.
Parmi les candidats, un seul esquisse le discours qui peut amener ces changements, c’est Nicolas Sarkozy.
Ségolène Royal a renoncé à rompre avec le socialisme et préconise, au mieux l’immobilisme, au pire le renforcement de l’Etat-Providence dont nous n’avons plus les moyens. François Bayrou pourrait laisser espérer une politique différente. Mais, bien qu’il stigmatise la dette, il est incapable de rompre avec la fièvre sociale de notre pays qui, à force de vouloir protéger les plus faibles, les condamnent au chômage et à l’appauvrissement. De plus, étant incapable de démontrer sa capacité à gouverner, le soutien qu’on lui porte ne peut être qu’une façon de modérer le soutien que l’on apporte à l’un ou l’autre des deux grands candidats; je ne peux pas m’y risquer…
Cette élection est donc l’élection du non-choix car jamais les choses à faire n’ont été si clairement établies par les analystes sérieux. Si le débat d’idées semble gagné par la droite, la mise en application reste à faire.
Se réformer ou accepter que le Fond Monétaire International soit amené à piloter notre économie, c’est l’enjeu de ces élections.
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