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Opinion

Mardi 3 avril 2007

L’enjeu des présidentielles est particulièrement important; il est lié à l’histoire récente. Notre pays est confronté depuis le milieu des années 70 à une crise structurelle qu’elle n’a pas su gérer comme la plupart des crises du vingtième siècle. Le monde change et le dirigisme économique en vigueur depuis la deuxième guerre mondiale n’est plus adapté à notre époque. La France est (à part l’Italie) le dernier grand pays à ne pas s’être réformé. Le Royaume-Uni de Madame Thatcher, dont la France prospère des années 70 se moquait, a fait sa révolution et les petits français sont maintenant très heureux de trouver un emploi à Londres. Il y a quinze ans, notre PIB était supérieur de 20% à celui de la Grande-Bretagne; il est maintenant inférieur de 15%, ce qui ne devait pas se produire en l’absence de fautes de gestion. A la lumière de ces quatre années de réflexion, de débat, il semble que la France ait détruit peu à peu tout ce qui fait le développement d’un pays: sa capacité de travail (retraite à 60 ans, 35 heures, sous-emploi des plus de 55 ans), la formation de ses élites intellectuelles et sa capacité d’innovation (éducation, recherche…). Parallèlement la qualité de ses services publics et de son système social se sont dégradés avec une augmentation perpétuelle des coûts pour des prestations en décroissance constante. Afin de financer ces déficits sociaux, le coût du travail a augmenté plus vite que celui de nos concurrents atteignant un niveau délirant, sans rapport avec le niveau de qualification plutôt modeste de notre main d’œuvre. La sanction d’un monde toujours plus ouvert et brutal est sans appel, la France décline inexorablement, plus vite, en tout cas que  ses partenaires européens occidentaux.

Les deux causes principales sont la culture française de l’Etat et l’incapacité des élites politiques du passé. La culture de l’Etat, c’est la tradition jacobine qui fait du raisonnement politique français, un raisonnement théorique plus attaché à l’égalité qu’à la liberté, faisant une place excessive aux lois, ignorant le plus souvent le marché et méprisant l’argent, arme pourtant essentielle pour améliorer la condition humaine. 

Nous avons laissé se scléroser notre système: charges salariales immenses pour des prestations toujours plus nombreuses et complexes qui découragent le travail et affaiblissent l’entreprise. Comme l’a bien analysé Jacques Marseille, la France est partagée en deux, d’un côté un secteur public hypertrophié et sous-productif, de l’autre un secteur privé rentable car fait de grandes entreprises qui ont depuis longtemps recouru aux délocalisations pour éviter les coûts de production excessifs en France.

Les élites françaises ont été incapables de proposer les réformes nécessaires par ignorance et par lâcheté, les deux étant impardonnables. Ignorance des mécanismes économiques en raison de leur formation intellectuelle dans les écoles de l’Etat (ENA…) lâcheté politique comme l’ont montré nos deux derniers présidents de la République qui avaient le choix entre réformer le pays au risque de déplaire ou continuer à flatter l’immobilisme, majoritaire dans le pays. Deux exemples de renoncements : la politique du ni-ni de François Mitterrand (Ni privatisation, ni nationalisation) et la garantie de ne pas toucher aux avantages acquis de Jacques Chirac.

La présidentielle a donc pour enjeu principal de rompre avec ce cercle vicieux et passera forcément par la réduction et la réorganisation du secteur public ; la simplification des institutions notamment par la réduction du nombre de niveaux d’administration, le développement du secteur privé, la réduction des redistributions au profit d’un système social qui pénalise moins l’entreprise et donc l’emploi; l’encouragement à travailler plus pour gagner plus

Pour cela, il faudra libéraliser le marché du travail, remettre les français au travail et les désintoxiquer de l’argent public, des prestations sociales et des interventions excessives d’un état impuissant à force de trop intervenir. Pour sauver un niveau suffisant de protection sociale il faudra renoncer à ses excès et y réinsuffler une dose de libéralisme.

Parmi les candidats, un seul esquisse le discours qui peut amener ces changements, c’est Nicolas Sarkozy.

Ségolène Royal a renoncé à rompre avec le socialisme et préconise, au mieux l’immobilisme, au pire le renforcement de l’Etat-Providence dont nous n’avons plus les moyens. François Bayrou pourrait laisser espérer une politique différente. Mais, bien qu’il stigmatise la dette, il est incapable de rompre avec la fièvre sociale de notre pays qui, à force de vouloir protéger les plus faibles, les condamnent au chômage et à l’appauvrissement. De plus, étant incapable de démontrer sa capacité à gouverner, le soutien qu’on lui porte ne peut être qu’une façon de modérer le soutien que l’on apporte à l’un ou l’autre des deux grands candidats; je ne peux pas m’y risquer…

Cette élection est donc l’élection du non-choix car jamais les choses à faire n’ont été si clairement établies par les analystes sérieux. Si le débat d’idées semble gagné par la droite, la mise en application reste à faire.

Se réformer ou accepter que le Fond Monétaire International soit amené à piloter notre économie, c’est l’enjeu de ces élections.

Par Richard Douard
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Mercredi 11 avril 2007

La parution au JO du décret autorisant la construction du réacteur de troisième génération de Flamanville est une bonne nouvelle. Que ce décret tombe pendant les campagnes présidentielle et législative doit permettre aux français de clore un débat amorcé par de nombreux politiciens sous couvert d'écologie.  Que cela plaise ou non, le nucléaire est la seule énergie qui allie actuellement une propreté acceptable à une production d'électricité suffisante pour notre société. Inutile de souhaiter une énergie parfaite, elle n'existe pas ou alors ne permet pas de couvrir nos besoins. Le nucléaire permet d'assurer à notre pays une certaine indépendance énergétique. Il faut continuer dans cette voie. D'autre part, il serait irresponsable de laisser vieillir notre parc de centrales pour des raisons de sécurité et des raisons économiques. Favoriser le développement de nouveaux réacteurs c'est conserver la maîtrise de ces technologies, c'est permettre d'en améliorer la sécurité, le rendement, le coût. Sur le plan économique, c'est éviter le remplacement brutal et précipité du parc de centrales lorsqu'il aura vieilli. Une politique régulière d'investissement et de développement  doit être encouragée et soutenue politiquement

Les candidats aux suffrages des français doivent se définir clairement sur ce sujet. Pour ma part, le choix est évident, c'est celui du développement continu de l'énergie nucléaire au nom de l'indépendance énergétique de notre pays.

Par Richard Douard
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Dimanche 15 avril 2007

En France, il existe deux grands modes de rémunération des médecins. Le paiement à l'acte pour les médecins libéraux et ceux du public ayant un secteur privé d'une part, le salariat pour les autres. Dans les deux cas, le tarif est fonction du conventionnement du praticien. Le secteur 1 c'est le tarif de la sécurité sociale, le secteur 2 peut être demandé par les anciens chef de clinique et donne droit à des dépassements d'honoraires conditionnés par le "tact et la mesure" des médecins. Les médecins salariés ont un revenu fixe et ne perçoivent d'honoraires que lorsqu'ils ont ouvert un secteur libéral à l'hôpital.

En pratique le revenu des médecins de secteur 1 ne peut augmenter que par la multiplication des actes, tant l'augmentation des tarifs n'a pas suivi l'augmentation du coût de la vie. Je laisse chacun méditer sur les conséquences de cette multiplication sur la qualité des soins pour les malades et la qualité d'exercice pour les médecins. Dans le secteur 2, le poids des charges incite les praticiens à prendre des dépassements et ce sont les malades qui financent l'augmentation des revenus sauf à prendre en compte le degré de remboursement par les mutuelles des malades ce qui n'est pas toujours le cas. Cet exercie en secteur 2 est lié à la formation initiale du praticien. Dans certaines spécialités (comme la chirurgie) presque tous les praticiens sont d'anciens chef de clinique et peuvent revendiquer ce secteur. Dans certaines spécialités, cela pose le problème de l'accès réel à des médecins secteur 1 pour les malades et celui d'une augmentation globale des coûts .  

Enfin dans le secteur privé des médecins hospitaliers, selon que l'on est soigné en secteur public ou en secteur privé il y a deux modes de rémunération, deux modes de prise en charge ( plus ou moins personnalisée, plus ou moins rapide...) ce qui pose, pour le moins, des questions éthiques. Ce secteur privé est la seule option pour les médecins hospitaliers pour augmenter leurs revenus dans un système de carrière basé sur l'ancienneté et non sur la compétence, la notoriété et le travail réellement accompli. C'est la façon de maintenir les médecins universitaires à l'hôpital et il existe un certain consensus chez les candidats à la présidentielle pour conserver ce système.  

Par Richard Douard
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Jeudi 19 avril 2007
 La création de la sécurité sociale avait généralisé les secteurs 1 avant que les tarifs ne soient presque gelés pour contenir les dépenses. Avec les dépassements, les coûts pour les malades et les revenus des médecins recommencent à augmenter; pourtant, les charges salariales pour financer le système social restent à un niveau très élevé alors que les coûts réellement payés par la plupart des malades ne cessent de croître. Notre système de sécurité sociale est donc particulièrement inégalitaire puisqu'il pénalise tous les salariés par le poids des prélèvements mais ne permet qu'aux plus favorisés d'avoir accès aux praticiens supposés les plus compétents. Le système ne garantit plus un remboursement suffisant et ne permet pas aux praticiens d'avoir un revenu acceptable compte tenu de leur investissement personnel: double échec, double injustice.

Le revenu des médecins est pourtant un élément important de l'attractivité de la profession et certaines spécialités peinent à recruter. Il faut donc permettre aux médecins d'avoir un revenu correspondant à leur formation, leur compétence, leur travail pour que la médecine redevienne attractive pour les étudiants courageux et motivés. Parallèlement, l'envol des coûts doit être maîtrisé car le risque maladie doit pouvoir être couvert par le couple sécurité sociale-mutuelle.

L'une des solutions est d'introduire, à côté de ceux déjà existants, d'autres modes de rémunération autres que le paiement à l'acte pour éviter la multiplication des actes. La garantie d'un revenu suffisant corrélé indirectement à l'activité, au développement de la production de soins, aux objectifs prévus est indispensable. Qu'on les appelle capitation, paiement à la pathologie, contractualisation, ces solutions doivent revaloriser les professions médicales sans alourdir les coûts pour le malade ou pour la société.

De nombreux pays plus libéraux que la France ont recouru à des solutions similaires. Le paiement à l'acte n'est pas une fin en soi quand il rend les médecins obligés de travailler toujours plus au risque d'une détérioration de la qualité des soins et de l'équilibre personnel. Le salariat est décourageant car il ne prend pas en compte l'activité; enfin, la mixité des modes de rémunération sur un même lieu de travail pose question.

C'est aux politiques d'aborder cette question vitale pour l'attractivité de la médecine et l'accès équitable à des soins de qualité.

Par Richard Douard
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Dimanche 22 avril 2007

Les quatre principaux candidats à la présidentielle militent pour un scrutin teinté de proportionnelle aux élections législatives.  Je ne suis pas favorable à cette solution car elle donnerait aux appareils politiques encore plus de pouvoir. En effet qui dit scrutin proportionnel dit scrutin de liste et non scrutin de circonscription. Dans ce cas les partis auraient à choisir les candidats et l'ordre dans lequel ils se trouvent sur les listes, comme c'est déjà le cas pour les régionales et les européennes. Voter ne serait plus que choisir une étiquette ce qui est déjà suffisamment le cas actuellement. 

Je crois au scrutin de circonscription. Un représentant doit être élu par un territoire et non choisi par un parti pour apparaître sur une liste départementale ou régionale soumise au vote des électeurs. On voit déjà la façon dont les partis se sont arrogés le droit de choisir ceux qui seraient candidats aux élections présidentielles, on a vu la façon dont ont été constituées les listes aux élections européennes et régionales... De la même façon que le scrutin présidentiel est la rencontre d'un homme ou d'une femme et du pays, les autres scrutins doivent lier un représentant à son territoire. Responsable de ses décisions, de ses propos, de ses votes, l'élu peut être sanctionné par les électeurs ce qui est plus facile que de sanctionner un parti. Le scrutin de circonscription représente également une grande liberté dans les candidatures, source de renouvellement du personnel politique et donc de démocratie. La première circonscription de La Rochelle-Ré est l'exemple de cette liberté qu'un scrutin départemental par liste ne permettrait pas.

Bien sur, le scrutin actuel empêche la représentation de formations minoritaires, mais cette divergence entre les partis, dits de gouvernement, et les électeurs est le témoin de la crise du monde politique. Si les réformes nécessaires sont entreprises pour redresser le pays, qui peut prétendre que le mécontentement des électeurs s'exprimera encore dans le futur par un vote massif auprès des partis non représentés à l'assemblée?

Prenons garde de ne pas modifier le scrutin actuel pour le transformer en une machine complexe dans le seul but d'avoir une assemblée qui reflète l'opinion. Le risque est grand d'insuffler les modes et les pulsions irrationnelles au sein de nos assemblées. Ce n'est pas la représentation proportionnelle qui apprendra à nos politiques à réformer notre pays, mais le sens de l'intérêt général des électeurs.

 

Par Richard Douard
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